Apprendre les hiéroglyphes égyptiens
Dictionnaire des hiéroglyphes Ancien Egyptien
Hieroglyphs dictionay of Ancient Egyptian

CHAP 4... Les Gracques et le mouvement des populares (133-121)

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   L'histoire de ces dix années est capitale pour l'évolution de Rome. Cependant, elle est assez mal connue bien qu'ayant passionné les romains. Les sources sont fragmentaires ou postérieures. Tite-Live avait fait le récit de l'expérience des Gracques ; il a disparut. Cicéron et Salluste, 80 ans plus tard, ont évoqué cette période des Gracques ; elle les passionne et les obsède, mais ils n'en font pas un récit mais le traitent de façon polémique.
   Les seuls développements cohérents sont le faits de grecs du IIe siècle ap. J-C. : Plutarque (46-120), les vies de Tib. et C. Gracchus. Appien, les guerres civiles (T1).
   En résumé, il s'agit de l'histoire de deux frères appartenant à la nobilitas qui ont voulu lancer des réformes agraires pour remédier à la crise sociale du dernier tiers du IIe siècle et qui échouèrent devant l'opposition farouche d'une partie de l'aristocratie sénatoriale.
   Une bonne bibliographie : Cl. Nicolet, les Gracques, crises agraires et révolutions à Rome, Archives, Julliard,

   La crise politique des institutions que vont mettre en évidence les Gracques sera à l'origine des guerres civiles qui suivront.

 

 

I] La question agraire

   La question agraire ne fait que culminer sous les Gracques, et ne concerne pas l'agriculture en elle-même, mais une certaine catégorie de terres : celles de l'ager publicus.
   Les soldats de l'armée romaine sont recrutés dans la classe des petits propriétaires, citoyens et céréalicultures. C'est donc cette catégorie de paysans qui est la plus touchée par les pertes démographiques, tandis que ceux qui survivent sont conservés longtemps dans l'armée et ne s'occupent pas de leur terres qui tombent en friches. Le butin éventuel des survivants ne suffit pas en général à remettre en culture des terres en friches. Les cours du blé ne sont pas rémunérateurs : Rome commence à faire venir du blé tributaire des provinces conquises.
   Si on se reconvertit dans l'arboriculture, on ne dispose pas alors du capital suffisant ni surtout de la durée (il faut 10 ans d'attente pour un olivier).
   Alors ces propriétaires soit s'endettent et revendent leur terre pour rembourser, soit ils se mettent en tant que métayers au service d'un grand domaine, soit ils abandonnent la campagne pour la ville et grossissent la masse du prolétariat urbain.
La question agraire se couple ainsi avec une question sociale.

 

      A/ L'aliénation de l'ager publicus

   Appien (7-8), guerres civiles. Dans ce passage est analysé minutieusement les transformations subies par l'ager publicus. L'ager romanus peut être vendu à des particuliers ; l'ager publicus doit être maintenu dans sont intégrité pour nourrir le peuple romain.
   Mais de plus en plus, cet ager publicus est lotit et aliéné (adsignatus), soit à titre gratuit en retour de services rendus à l'Etat, soit attribué à des colons, soit assigné en échange d'une redevance, vectigal.
   Au lendemain de la Deuxième Guerre Punique, 30 000 vétérans furent casés dans le sud de l'Italie, notamment en Apulie sur des lots de l'ager publicus. Donc théoriquement, quand on aliène l'ager publicus, on n'en obtient pas une propriété pleine et entière : l'Etat demeure propriétaire des lots. En réalité, le temps passant, les propriétaires usurpent ces lots en se considérant comme les vrais propriétaires. C'est ainsi que des membres de la nobilitas de sont attribués d'immenses étendues de terres publiques sur lesquelles travaillent des esclaves.
   La question devient alors aiguë dans les années 130, avec des paysans sans terres qui en réclament, des terres sans paysans où se développent l'élevage, et l'Etat qui voudrait bien récupérer les terres accaparées tandis que les propriétaires ne veulent pas les rendre.

 

B/ Les réactions politiques

   Trois tendances s'opposent ou s'allient selon les évènements. Il faut noter que les romains ne se sont jamais appelé du nom des partis suivants !

        
1) Les "libéraux-conservateurs"
   Parmi lesquels Scipion Emilien, la famille Licinia, Mucia-Scaevola, Claudia. Ils appartiennent à un milieu timidement réformiste, prêt à satisfaire aux aspirations du peuple mais dans l'ordre et sans précipitations.

         2) Les "conservateurs"
   Le chef de file est le pontifex maximus, chef de la religion romaine : P. Scipio Nasica. Ils entendent défendre coûte que coûte le statu quo, la légalité, par la force s'il le faut.

         3) Les "réformateurs"
   Parmi eux un Claudius : Appius Claudius Pulcher, beau-père de Tib. Gracchus.
   Tiberius et son frère sont à l'origine du rassemblement d'un certain nombre de revendications populaires, qui vont former le programme du parti populaire, un groupe, une faction, qui va poser des revendications récurrentes. Les thèmes de ces populares comprennent :
               Le souci de faire passer une loi agraire sur la redistribution des terres.
               Les lois frumentaires : distributions à bas prix ou gratuites de blé aux citoyens pauvres.
               Création d'établissements coloniaux en Italie ou en province.
               Mettre un terme au monopole du Sénat dans les tribunaux (soutien aux chevaliers).
               Mise en avant de la souveraineté du peuple (vote secret, possibilité de démettre un magistrat, droit d'appel au peuple romain)

   A partir des Gracques, les luttes politiques deviennent plus dures avec l'introduction du vote secret depuis le vote des lois tabellaires en 139-7. C'est le vote à bulletin secret sur une tablette pour l'élection des magistrats. En 133, le peuple demande ce même vote pour le vote des lois.

 

 

II] Les Gracques

   Ce sont de jeunes hommes d'origines aristocratiques et qui bénéficient d'alliances familiales illustres par leur mariage et par leur ascendance.

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Ap. Claudius Pulcher et M. Licinius Crassus ont soutenu tous les deux les tentatives de réformes des Gracques.

 

A/ Carrières politiques des deux frères

         1) Ti. Sempronius Gracchus
   Sa carrière n'est pas extraordinaire ; plutôt courte en réalité. Il a été questeur pour l'année 137 en Espagne, puis élu tribun de la plèbe en 134 pour l'année 133.

         2) C. Sempronius Gracchus
   Caius a été tribun militaire en Espagne avec Scipion Emilien en 134, questeur en Sardaigne pour l'année 126, prorogé en 124, puis élu tribun de la plèbe en 123 et 122.

         3) Les motivations de Tiberius
   Les faits politiques des deux frères sont distants les uns des autres de dix ans environ. Aussi faut-il voir en premier l'aîné, Tiberius, qui a sans aucun doute influencé son frère. La question principale reste : "pourquoi cet aristocrate défend les droits du peuple" ?
  
Il ne faut pas méconnaître l'ambition personnelle ; néanmoins, il semblerait que Tiberius se soit préoccuper réellement de l'accroissement servile et de l'appauvrissement des citoyens. Ces observations, il les a faites suite à un voyage en territoire romain, à son retour d'Espagne, notamment en l'Etrurie. Et il est sidéré alors de voir que les grands domaines ne sont cultivés que par des esclaves.
   En 133, il faut ici le rappeler, on a le souvenir des révoltes d'esclaves en Italie (198;195;185) mais surtout de celle de Sicile dirigée par Eunous qui dure depuis 135.
   Tiberius semble également être sensible au déclin démographique de l'Italie et de la misère engendrée par les guerres de conquêtes. Les indigents ne peuvent se marier et élever convenablement de futurs citoyens ; beaucoup sont exposés, abandonnés ou vendus.
   Dans cette observation, Tiberius semble en fait préoccupé pour l'Etat romain : les paysans sont les meilleurs soldats. Dans son idée, il veut faire revivre la paysannerie romaine au sein de laquelle on recrutait les légions. Le moyen, c'est de distribuer des terres aux pauvres pour reconstituer cette paysannerie.

 

B/ Les mesures de Tib. Gracchus

   A l'origine, une proposition de loi : la rogatio Sempronia de 133. Il semblerait qu'il existe néanmoins des antécédents : Appien dit que Ti. Gracchus présenta sa proposition de loi comme le renouvellement d'une loi plus ancienne. Cette dernière disait que nul ne pourrait posséder plus de 500 jugères (125 hectares) de l'ager publicus, ni y faire paître plus de 100 têtes de gros bétail (bovins) ou 500 têtes de petit bétail (ovins). Il semblerait que cette loi date de la fin de la Deuxième Guerre Punique, et fut mal appliquée.

         1) Le contenu de la rogatio Sempronia
   Elle a été déposée par Tiberius peu après son élection, en 133. Elle comporte trois points fondamentaux :
               – Limitation au droit de possessio individuel de l'ager publicus : 500 jugères par personnes, plus 250 jugères par enfant avec un maximum de 1 000 jugères (250 ha) par famille.
   Le but est une prime à la natalité et un moyen de reconstituer une classe paysanne libre, sans toucher à la propriété privée. Seulement, cette partie de l'ager publicus devenait alors ager privatus.
               – Il est institué un collège de trois membres chargés d'appliquer la loi ; c'est un triumvirat affecté à la récupération des terres, à juger de la légitimité de l'occupation, à s'occuper du transfert et de l'assignation des terres. Des pouvoirs considérables en somme.
   Le sénat et les conservateurs se voient ainsi enlevé une partie de leurs compétences sur l'ager publicus.
              
– Une fois récupérée, les terres sont distribuées aux citoyens pauvres et selon Plutarque et Appien, à raison de 30 jugères par personne. Ces lots seraient inaliénables selon Appien.

         2) Opposition et vote de la loi
   Une opposition farouche se dresse contre la rogatio sempronia.
  
A l'assemblée du peuple, la rogatio rencontra le veto intercessio d'un autre tribun de la plèbe : M. Octavius, homme à la solde du parti conservateur. Mais Tiberius réussit à obtenir l'abrogation des pouvoirs de M. Octavius ; l'unité nouvelle des tribuns de la plèbe fait voter la lex Sempronia. Tiberius se fait élire triumvir avec Ap. Claudius Pulcher et C. Gracchus.
   Tiberius cherche ensuite à se faire attribuer un second mandat de tribun de la plèbe pour achever son œuvre. Les conservateurs trouvent enfin le prétexte pour se soulever. Eté 133, Tiberius est assassiné.

   Quelques années plus tard, c'est Caius qui prend la relève pour achever le programme.

 

C/ Caius Gracchus et son activité législative

   Lui aussi pense que le tribunat de la plèbe est un moyen politique puissant. En 124 il se fait élire pour l'année 123. Appien précise contre le sénat et de la manière la plus brillante.
   L'action de Caius est beaucoup plus large que celle de Tiberius

        
1) Les mesures décidées
a. Les mesures agraires
   Il s'appuie sur la lex Sempronia, dont il a été chargé de l'application. Il la modifie néanmoins sur quelques points, notamment en excluant les récupérations de terres de l'ager publicus appartenant aux sénateurs. C'est un souci de ménagement.
   Il décide également de fonder des colonies pour des citoyens romains, deux en Italie (Scolacium-Minervia dans le Bruttium et Tarentum-Neptunia), et une à Carthage en Afrique (lex Rubria). Seulement Scipion Emilien avait déclaré l'espace sacer et maudit. Les gens ont considéré alors la chose comme un sacrilège et une provocation. C'est la première colonie romaine hors d'Italie et l'une des causes de la chute de Caius Gracchus.

b. Les mesures frumentaires
   Elles sont regroupées dans la lex Sempronia frumentaria. Elle est votée en faveur des plus déshérités de Rome ; c'est une nouveauté. Chaque citoyen de Rome pauvre reçoit tout les mois cinq modii ; cinq boisseaux (45 L) de blé par mois à prix réduit.
   Cette loi a le mérite de remédier au désordre de la production : à Rome on a désormais besoin d'une quantité minimum de blé. Selon Appien, la loi eut un contrecoup immédiat, lors de la seconde élection de Caius au tribunat de la plèbe. Cette illégalité sera une des causes de sa chute : on lui reprochera la tentative d'une dictature tribunicienne.

c. Mesures juridiques
   Caius crée des tribunaux où les sénateurs sont à égalité avec les chevaliers. Ils sont 600 en tout, et c'est parmi ceux-ci que l'on choisit les juges. Caius casse ainsi le monopole judiciaire du Sénat.
   La conséquence est le rapprochement entre les tribuns de la plèbe et les chevaliers. Et Caius va favoriser les chevaliers par des faveurs qui leur sont accordées, dont notamment la lex de Asia qui livre aux chevaliers et publicains l'exploitation de la nouvelle province d'Asie. Aussi la lex theatralis qui réserve aux chevaliers des places à part dans les monuments de spectacles.

         2) L'échec de Caius Sempronius Gracchus
   Jusqu'en 122, Caius réussit à se protéger, mais il va trop loin quand il veut donner la citoyenneté romaine aux latins et le ius latii à tous les italiens. A terme, c'est l'accord de la citoyenneté romaine à toute l'Italie. Caius rencontre finalement l'hostilité du Sénat, mais aussi de ses amis et des chevaliers : ceux-ci qui étaient religieusement contre la fondation de Carthage.
  
C'est pourquoi il ne fut pas élu tribun de la plèbe une troisième fois. En 121, un décret fut voté pour mettre fin à la colonisation de Carthage. Caius résistant, le sénat prend un Senatus Consulte qui demande de tout faire pour empêcher qu'il arrivât malheur à la République. C'est un Senatus Consulte Optimum. Sénateurs, consuls et chevaliers massacrèrent Caius Gracchus, Fulvius Flaccus et 3 000 de ses partisans.

   Ainsi s'achèvent ces programmes réformateurs.

 

   Toute la législation votée à l'instigation des Gracques avait pour but de réduire les pouvoirs de la Nobilitas ; Les Gracques ont utilisé le tribunat de la plèbe comme un levier politique et législatif puissant. Ce sont les premiers à avoir compris le réel pouvoir de cette magistrature.
   Par deux fois, l'aristocratie s'est défendue par la terreur tandis que la plèbe romaine à été muselée pour de longues années ; jusqu'à la fin de la guerre de Jugurtha en 107 avec l'apparition de Marius.
   Cette législation des Gracques n'a pas été abolie mais modifiée en plusieurs étapes. La plus grande partie de ce qui restait de l'ager publicus fut déclaré ager privatus. On a perçu d'abord les vectigales, et à partir de 111 et de la lex Thoria, les terres sont acquises sans redevances. Seuls demeurent publiques les terrains libres. Mais une loi autorisa la vaine pâture ; L'ager publicus est alors entièrement aliéné.
   Par la suite, d'autres lois agraires vont faire apparaître des assignations de terres en faveur d'individus ou envers des collectivités ; en fait toujours pour des vétérans de l'armée. Cela dans le cadre d'une politique agraire et coloniale.

   Finalement, la question agraire a été l'occasion du premier affrontement violent entre citoyens romains ; c'est pourquoi on le considère comme le premier épisode des guerres civiles, comme leur origine parfois.

Texte établi à partir d'un cours de faculté suivi en 1998-9
Grands Mercis au professeur

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Mise à jour du : 28/03/99