Chap 4. Croisade et Djihad
en Méditerranée

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Les exercices de la leçon


A/ 1095 : l'appel à la croisade

Le pape Urbain II prêche la croisade au concile de Clermont.
   Un peuple venu de Perse, les Turcs, s'est avancé jusqu'à la mer Méditerranée, au détriment des terres chrétiennes [...].
   Il importe que, sans tarder, vous vous portiez au secours de vos frères qui habitent les pays d'Orient. Ces turcs détruisent les églises ; ils saccagent le royaume de Dieu. [...]
  Aussi, je vous exhorte [...] vous les hérauts du Christ, de persuader à tous [...] de se rendre à temps au secours des chrétiens.
   A tous ceux qui y partiront et qui mouront en route [...], la rémission de leurs péchés sera accordée.

   Foucher de CHARTRES, Histoire du pélerinage des Francs à Jérusalem, XIIe siècle

1)  Présentation du document.
   Il s'agit d'extraits d'un discours prononcé par le pape Urbain II à Clermont en 1095 à l'occasion d'un concile. Il est rapporté par l'écrivain Foucher de Chartres au XIIe siècle dans Histoire du pélerinage des Francs à Jérusalem. On peut faire confiance au texte : l'écrivain vit dans le temps du discours.

2)  Devant qui est prononcé ce discours ?
   Ce discours à lieu à l'occasion d'un concile. Le troisième paragraphe précise que le pape exhorte les «hérauts du Christ». Le concile se définit donc comme une réunion des représentants de la religion chrétienne de rite romain, à savoir les évêques. Leur mission est de répandre l'appel du pape.

3)  Cause et Objectifs des croisades selon le texte ?
   Les croisades ont pour but de lutter contre l'expansion d'« un peuple venu de Perse, les Turcs ». Il s'agit de porter secours aux « frères qui habitent les pays d'Orient », c'est à dire l'empire byzantin. Celui-ci à en effet subit la défaite de Mantzikert contre les turcs en 1071, soit seulement 24 ans auparavant.

   La croisade a également un objectif religieux : protéger les églises et « le royaume de Dieu », saccagé par ces turcs. Il s'agit alors de reconquérir Jérusalement et le Saint-Sépulcre (= tombeau du Christ) souillés par les Turcs.
   Les croisades sont donc des pélerinages religieux armés qui pratiquent la guerre juste. Celle-ci est définie par Saint-Augustin comme la défense du peuple chrétien ou reprise de ce qui lui a été dérobé.

4)  Quelle récompense est promise par le pape ?
   Dans le dernier paragraphe du texte, le pape précise qu'il accorde « la rémission de leurs péchés »  à tous ceux qui participent à la croisade. Cette indulgence promise est importante dans une société très religieuse qui vit dans la crainte du jugement dernier.

 

B/ La fondation des Etats Latins (1095-1110)

     Les Etats Latins d'Orient au XIIe siècleetats orient.jpg (44449 octets)
1) Nature du document.
   Il s'agit d'une carte centrée sur l'est de la Méditerranée. Elle montre la position géographique des Etats Latins d'Orient au XIIe siècle entre Dar al-Islam (=pays de l'Islam) et l'empire byzantin.

2) Quelles sont les conséquences des croisades ?
   La libération de la terre sainte voit la création de 4 Etats latins d'Orient conquis sur les terres du Dar al-Islam :
         -  Le comté d'Edesse. (1098)
         -  La principauté d'Antioche. (1098)
         -  Le comté de Tripoli. (1109)
         -  Le royaume de Jérusalem. (1099)

3) Qui dirigent les croisades et conquièrent ces Etats ?
   Ces Etats s'intitulent comté, principauté ou royaume. Celà nous montre que bien que les croisades sont préchées par le pape et ses évêques, ce sont des comtes, princes et rois qui mènent les soldats et pélerins.
    Pour eux les croisades sont autant un pélerinage armé que la possibilité de s'approprier terres et richesses.

4) Quels sont les besoins de ces Etats pour assurer leur survie ?
   On observe sur la carte que la position stratégique des Etats Latins d'Orient est difficilement défendable. Au sud, à l'Est et au Nord ils sont cernés par le Dar al-Islam.
   Aussi ces Etats ont besoin de ravitaillement et renforts : les croisades de secours. Pour celà, ils ne peuvent compter uniquement sur la route terrestre qui passent par l'empire byzantin (1 an de marche) ou par les liaisons maritimes (1 mois de navigation). D'où deux conséquences :

        --> Construction de nombreuses places fortes comme le krak des chevaliers. Elles permettent une guerre de position justifiée par la défense du territoire avec peu d'hommes en attendant les croisades de secours.
        --> Importance des cités maritimes, seules capables de fournir les bateaux pour assurer le ravitaillement et le transport des troupes. Ce sont Gênes, Venise et Pise.

 

C/ La contre-offensive de l'Islam : le Djihad

Ali Sulami rappelle le devoir du djihad.
   Le Coran, la tradition et l'unanimité des docteurs de la Loi sont d'accord que le djihad est un devoir collectif, et qu'il devient un devoir personnel dans certains cas, comme à l'heure actuelle où des troupes attaquent à l'improviste le territoire musulman.
   La lutte contre ces troupes revient obligatoirement à tous les musulmans qui en sont capables. Appliquez-vous à remplir le précepte de la guerre sainte ! Prêtez-vous assistance les uns aux autres afin de protéger votre religion et vos frères !

   Ali SULAMI, Traité de la guerre sainte, début XIIe siècle

1) Nature du document.
   Le document est un traité écrit par Ali SULAMI au début du XIIe siècle. L'auteur est très probablement un docteur de la Loi du Coran qui expose ses réflexions sur le djihad.

2)  Quand et pourquoi intervient ali Sulami ?
   Al-Sulami intervient à l'heure «où des troupes attaquent à l'improviste le territoire musulman », c'est à dire peu après la fondation des Etats Latins d'Orient entre 1095 et 1110 par les armées chrétiennes.
   L'objectif de son intervention est « la lutte contre ces troupes ». Il s'agit donc d'une réaction intelectuelle postérieure à l'expansion chrétienne.

3) Quels sont les devoirs religieux des croyants. Comparez avec vos connaissances sur la division des musulmans ?
   Le djihad est un « précepte de la guerre sainte ». Il peut donc se comparer à la guerre juste développée en Occident.


   Il s'agit à la fois d'un «»devoir collectif » et d'un « devoir personnel ». Dans la bouche d'Ali Sulami,  « collectif » signifie qu'il s'agit du devoir des autorités de l'Islam : des califes. Cependant on a vu qu'au XIIe siècle ceux-ci sont divisés et s'opposent (Cordoue - Le Caire - Bagdad). C'est pourquoi Ali Sulami appelle les musulmans à s'engager individuellement dans le Djihad. Il fait ainsi appel aux autorités locales comme les émirs.   

   Dans la dernière phrase, il demande aux musulmans de se prêter « assistance les uns aux autres afin de protéger [leur] religion ». On ne peut s'empêcher d'y voir un sous entendu sur le conflit au sein de l'Islam entre shi'isme et sunnisme dont profite les chrétiens pour leurs intrusions. Et Ali Sulami est l'un des premiers à comprendre que seule une réunification du Dar al-Islam peut sauver les musulmans.

4) Que peut-on conclure sur la notion du Djihad ?
   Le Djihad n'apparaît en Orient qu'après les premières offensives chrétiennes. Des docteurs en loi coranique réveillent à cette occasion la flamme du Djihad oublié depuis le VIIIe siècle. L'objectif est d'unir les forces du Dar al-Islam au delà des divisions politiques et religieuses dans une lutte commune contre les chrétiens.

   Des chefs militaires s'appuient sur cette conception pour asseoir leur légitimité. Le plus connu est Saladin (1137-1193). Il réussit l'unification politique de la région en dominant la Syrie et l'Egypte. L'union faite, les dernières croisades ne seront que des échecs ; aux XIIIe siècle, les Etats Latins d'Orient disparaissent.

 

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Mise à jour du : 23/11/02


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